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Photo (c) Paris-louxor.fr |
Voir la contribution originale réalisée pour le site www.paris-louxor.fr :
CANNES 2012. SCHIZOPHONIE DE LA CROISETTE
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Un quai de gare, une mère interprétée par Catherine Deneuve, sa fille, une chanson qui parle d’amour : cela ressemble à s’y méprendre à un film de Jacques Demy. Pourtant nous ne sommes pas dans les années 1960. Les Bien-aimés de Christophe Honoré est projeté, hors compétition, en clôture de l’édition 2011 du Festival de Cannes. Ce n’est pas Michel Legrand qui signe la partition cette fois mais Alex Beaupain. Ses compositions musicales sont l’occasion pour le sociologue qui pratique le terrain cannois, de considérer, son regard tourné vers les spectateurs du Grand théâtre lumière du Palais des Festivals, le rôle de la chanson au cinéma, entre fiction et réel.
Quatre jours plus tôt, dans un train à destination de Cannes, il a croisé Oriane, 21 ans, étudiante. Oriane voyage, écouteurs sur les oreilles, jusqu’au Festival de Cannes. Le trajet est long depuis Lyon. Ce n’est pas son premier festival et pourtant, pour se détendre, comme elle dit, elle écoute « Le vent l’emportera » de Noir Désir, réinterprété par Sophie Hunger : « Je n’ai pas peur de la route, faudrait voir faut qu’on y goûte, des méandres aux creux des reins, et tout ira bien, le vent l’emportera ».
Les chansons offrent dans les comédies musicales, comme la musique le fait dans notre vie, des modalités d’esthétisation du quotidien. Quotidien du récit filmique lui-même, de l’histoire racontée, quotidien de nos vies qui reprennent leur cours lorsque la séance est terminée. Les chansons d’Alex Beaupain sont interprétées, ici, comme dans Les Chansons d’amour (2007) par des comédiens dont la formation principale n’est pas la chanson. Le rôle qui leur est donné dépasse les compétences habituelles des acteurs de cinéma. Pour autant, elles donnent plus facilement au spectateur la possibilité, énoncée par le sémiologue du cinéma Christian Metz en son temps, de se projeter sur le quai de gare, de considérer, comme le font Oriane, Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni, des moments esthétisés au milieu de situations du quotidien.
Voir la contribution originale réalisée pour le site www.paris-louxor.fr :Johan cherche la BO du film Le Concert de Radu Mihaileanu, plus particulièrement le Concert n°35 pour violon et le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Journaliste autrichien, il a 42 ans, aime Abba, les films d’amour et les chansons des Enfoirés qu’il écoute à Cannes sur la plage en regardant la mer. Il parle de la magie de ces moments où il écoute la musique qu’il associe à un lieu, et une ambiance, magiques eux aussi, à ces instants où l’écoute de la musique le renvoi à son expérience de spectateur.
Suzanne, elle, est venue, avec ses deux enfants, pour faire un cadeau d’anniversaire à son mari. Elle tient entre ses mains le disque du film Good Morning England de Richard Curtis qu’elle a vu, il y a quelques semaines, en famille. En famille, elle aime aussi écouter la musique en voiture. Elle a 53 ans, se souvient avoir vu avec sa mère, enfant, le Livre de la jungle de Walt Disney. Elle aime aussi les BO de comédies musicales, le jazz, les musiques du monde, les films de Fellini. Elle plonge dans « le rêve » et « la magie du festival de Cannes » à l’écoute de la musique lorsque le générique cannois retentit.
Pointer ces échanges sur les goûts ordinaires permet de révéler l’importance des débuts et fins de films. Ils représentent une entrée et une sortie déterminantes dans notre appropriation de l’univers symbolique du film. Cette plongée est particulière à Cannes puisqu’elle est accompagnée par une signature visuelle et sonore récurrente : le générique du festival. Il est celui qui définit le cadre du dispositif festivalier : la musique du festival de Cannes, Aquarium, de Camille Saint Saens, est offerte aux oreilles des spectateurs à chaque projection pendant qu’à l’écran se dévoile, dans une montée des marches stylisée, le tapis rouge emblématique. Depuis la mer jusqu’aux étoiles, il les conduit à la palme emblématique du Festival de Cannes. Par une construction symbolique, Aquarium est devenue, depuis la 50ème édition du festival de Cannes, la bande originale de cette manifestation et de ses participants. Par sa fonction emblématique, elle aussi, la musique porte les éléments signifiants de l’univers filmique, emblème personnel de spectateur, emblème collectif de festivaliers, tous installés sur le même tapis sonore.