mercredi 30 mai 2012

CANNES 2012. SCHIZOPHONIE DE LA CROISETTE

 Photo (c) Paris-louxor.fr

Paysages sonores du Festival de Cannes
Cannes 2012, quais Saint Pierre, sur le vieux port. Le sociologue observe un homme qui porte ses mains à ses oreilles au passage d’une automobile. C’est ce geste, insolite, qui attire le regard de l’observateur sur le terrain cannois. Marc, 43 ans, débarque tout juste de l’île Sainte Marguerite où il a réalisé un stage de plongée. L’arrivée à Cannes « en festival » est assourdissante pour le plongeur qui explique qu’il vit un retour « difficile » à la terre ferme après avoir vécu quinze jours sans les bruits de la ville.
D’un bout à l’autre de la Croisette, le promeneur cannois vit une effervescence sonore. Le Festival de Cannes installe une nappe sonore cacophonique. Aux bruits de la ville – sifflets des agents qui organisent la circulation, bruit des voitures, cris des passants – s’ajoute le son du Festival. Le son du cinéma s’immisce dans cet environnement imposé par le flux de la post-modernité. À Cannes comme à Disneyland, ce sont des univers musicaux et sonores qui délimitent des frontières symboliques, se suivent, se juxtaposent. Le son à l’intérieur des soirées, comme aux origines du Cinéma alors que la musique s’entendait jusqu’à l’extérieur avec l’objectif de faire entrer les spectateurs dans les salles obscures, attire les badauds curieux qui longent la Croisette et s’amassent devant les grilles. Ici, l’invitation est nécessaire, la place assignée se limite aux trottoirs pour qui ne détient pas le sésame.
Amandine quant à elle est stagiaire au Marché du film. Étudiante en cinéma, elle vient de vivre sa première montée des marches pour le film de Thomas Vinterberg, La Chasse en compétition officielle. Le sociologue lui propose un entretien en sortie de séance. Amandine a aimé le film et « la musique du festival ».
Les accrédités cannois vivent le son emblématique du Festival. Celui qui retentit comme une signature au début des films, c’est le générique du Festival de Cannes : Aquarium de Camille Saint-Saëns. Celui de la musique d’ambiance, du jazz souvent, qui fait patienter les festivaliers avant la séance sur les notes de Ella Fitzgerald, Michel Petrucciani ou Miles Davis. Dans la salle du Grand Théâtre Lumière, la musique définit une ambiance, elle pose aussi le cadre d’un univers propice à la préparation à la pratique cinématographique.
Qu’ils s’imposent aux oreilles des accrédités ou à celles des non accrédités, les bruits cannois sont entendus par les festivaliers sans que ces derniers n’en perçoivent toujours l’origine. Pierre Schaeffer qualifie d’ « acousmatiques » ces sons produits par les technologies de reproduction sonore et dont on ne voit pas la source. Pour John Corbett, l’incapacité de voir la source sonore, ce manque visuel, nous amène à le désirer, à l’attendre. Barry Truax et R. Murray Schafer, fondateurs de l’écologie sonore et du concept de paysage sonore, ont inventé le terme schizophonie pour décrire la séparation entre le son original et sa reproduction électro-acoustique.
Le manque visuel dû à la reproduction sonore est l’explication la plus plausible quant à l’origine de l’utilisation du son au cinéma pour redonner aux images, comme le dit sociologue Siegfried Kracauer, leur vie photographique. Dans un univers cinématographique où la matière sonore est à créer, la musique dans ses fonctions narratives joue le rôle d’un tapis sonore qui donne du sens au mouvement filmique et révèle une disposition naturelle du cerveau humain, la synchronisation. C’est ce que Michel Chion nomme le besoin de synchronisation. Festivaliers schizophoniques à la recherche de la source du son ou passants contraints aux bruits de la ville, les visiteurs cannois vivent souvent une expérience du quotidien qui relève, dans ces paysages sonores que sont la salle ou le trottoir de la Croisette, de l’expérience cinématographique esthétisée par les sons du Festival.

Voir la contribution originale réalisée pour le site www.paris-louxor.fr :
CANNES 2012. SCHIZOPHONIE DE LA CROISETTE

lundi 28 mai 2012

CANNES 2012. L'ENFANCE HANDICAPÉE

L'équipe de chercheurs et de doctorants dirigée par Emmanuel Ethis pratique cette année encore le terrain cannois, une contribution de Myriam Dougados
CANNES 2012. L'ENFANCE HANDICAPÉE

samedi 28 mai 2011

CANNES 2011 : CHANSONS SUR UN QUAI DE GARE


Chansons sur un quai de gare ou l’esthétisation cinématographique du quotidien par la musique

Un quai de gare, une mère interprétée par Catherine Deneuve, sa fille, une chanson qui parle d’amour : cela ressemble à s’y méprendre à un film de Jacques Demy. Pourtant nous ne sommes pas dans les années 1960. Les Bien-aimés de Christophe Honoré est projeté, hors compétition, en clôture de l’édition 2011 du Festival de Cannes. Ce n’est pas Michel Legrand qui signe la partition cette fois mais Alex Beaupain. Ses compositions musicales sont l’occasion pour le sociologue qui pratique le terrain cannois, de considérer, son regard tourné vers les spectateurs du Grand théâtre lumière du Palais des Festivals, le rôle de la chanson au cinéma, entre fiction et réel.

Quatre jours plus tôt, dans un train à destination de Cannes, il a croisé Oriane, 21 ans, étudiante. Oriane voyage, écouteurs sur les oreilles, jusqu’au Festival de Cannes. Le trajet est long depuis Lyon. Ce n’est pas son premier festival et pourtant, pour se détendre, comme elle dit, elle écoute « Le vent l’emportera » de Noir Désir, réinterprété par Sophie Hunger : « Je n’ai pas peur de la route, faudrait voir faut qu’on y goûte, des méandres aux creux des reins, et tout ira bien, le vent l’emportera ».

Les chansons offrent dans les comédies musicales, comme la musique le fait dans notre vie, des modalités d’esthétisation du quotidien. Quotidien du récit filmique lui-même, de l’histoire racontée, quotidien de nos vies qui reprennent leur cours lorsque la séance est terminée. Les chansons d’Alex Beaupain sont interprétées, ici, comme dans Les Chansons d’amour (2007) par des comédiens dont la formation principale n’est pas la chanson. Le rôle qui leur est donné dépasse les compétences habituelles des acteurs de cinéma. Pour autant, elles donnent plus facilement au spectateur la possibilité, énoncée par le sémiologue du cinéma Christian Metz en son temps, de se projeter sur le quai de gare, de considérer, comme le font Oriane, Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni, des moments esthétisés au milieu de situations du quotidien.

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CANNES 2011 : CHANSONS SUR UN QUAI DE GARE

mardi 24 mai 2011

CANNES 2011 : BANDE ORIGINALE, DES FESTIVALIERS SUR LE TAPIS SONORE

Photo : Laurent Laborie -Paris Louxor

Ils s’appellent Johan, Suzanne, Aude, Matthieu, Vanessa. Le sociologue les a croisés dans le rayon « Musiques de films» d’une grande enseigne culturelle rue d’Antibes à Cannes entre 2009 et 2011. Il les aborde alors qu’ils achètent une bande originale de films (BOF). Avec eux, il remonte le temps, partage leur parcours de spectateur-auditeur : vous venez d’acheter un disque, pouvez-vous nous en parler, nous parler du film ?

Johan cherche la BO du film Le Concert de Radu Mihaileanu, plus particulièrement le Concert n°35 pour violon et le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Journaliste autrichien, il a 42 ans, aime Abba, les films d’amour et les chansons des Enfoirés qu’il écoute à Cannes sur la plage en regardant la mer. Il parle de la magie de ces moments où il écoute la musique qu’il associe à un lieu, et une ambiance, magiques eux aussi, à ces instants où l’écoute de la musique le renvoi à son expérience de spectateur.

Suzanne, elle, est venue, avec ses deux enfants, pour faire un cadeau d’anniversaire à son mari. Elle tient entre ses mains le disque du film Good Morning England de Richard Curtis qu’elle a vu, il y a quelques semaines, en famille. En famille, elle aime aussi écouter la musique en voiture. Elle a 53 ans, se souvient avoir vu avec sa mère, enfant, le Livre de la jungle de Walt Disney. Elle aime aussi les BO de comédies musicales, le jazz, les musiques du monde, les films de Fellini. Elle plonge dans « le rêve » et « la magie du festival de Cannes » à l’écoute de la musique lorsque le générique cannois retentit.

Pointer ces échanges sur les goûts ordinaires permet de révéler l’importance des débuts et fins de films. Ils représentent une entrée et une sortie déterminantes dans notre appropriation de l’univers symbolique du film. Cette plongée est particulière à Cannes puisqu’elle est accompagnée par une signature visuelle et sonore récurrente : le générique du festival. Il est celui qui définit le cadre du dispositif festivalier : la musique du festival de Cannes, Aquarium, de Camille Saint Saens, est offerte aux oreilles des spectateurs à chaque projection pendant qu’à l’écran se dévoile, dans une montée des marches stylisée, le tapis rouge emblématique. Depuis la mer jusqu’aux étoiles, il les conduit à la palme emblématique du Festival de Cannes. Par une construction symbolique, Aquarium est devenue, depuis la 50ème édition du festival de Cannes, la bande originale de cette manifestation et de ses participants. Par sa fonction emblématique, elle aussi, la musique porte les éléments signifiants de l’univers filmique, emblème personnel de spectateur, emblème collectif de festivaliers, tous installés sur le même tapis sonore.

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CANNES 2011 : LA DANSE DE LA VIE

L'équipe de chercheurs et de doctorants dirigée par Emmanuel Ethis pratique cette année encore le terrain cannois, une contribution de Damien Malinas
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CANNES 2011 : DANS LES YEUX D'UNE FEMME FATALE

L'équipe de chercheurs et de doctorants dirigée par Emmanuel Ethis pratique cette année encore le terrain cannois, une contribution de Damien Malinas
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CANNES 2011 : LE TRAIN DU CINÉMA

L'équipe de chercheurs et de doctorants dirigée par Emmanuel Ethis pratique cette année encore le terrain cannois, une contribution de Myriam Dougados
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